Dans le cadre de ma série d’entretiens avec des entrepreneurs de la santé (vous pouvez retrouver la série sous ce lien) j’ai eu l’opportunité d’échanger avec Arthur André, médecin-entrepreneur, CEO et co-fondateur de Citizen Doc. Voici ce qu’il faut retenir de nos échanges.

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Comment Citizen Doc nous rend acteurs de notre santé en toute confiance et fiabilité ?

Bonjour, pouvez-vous me parler du service de pré-diagnostic par intelligence artificielle proposé par Citizen Doc ?

Citizen doc met à disposition des patients une application d’aide au diagnostic pour les pathologies du quotidien. Cette application est basée sur un algorithme d’intelligence artificielle (IA) : nous avons développé un questionnaire qui permet, en moins de 10 questions à partir d’un symptôme, d’aboutir à une solution diagnostique. Bien sûr nous ne prétendons pas remplacer le médecin, nous donnons juste un cadre ; notre diagnostic peut être une automédication avec des conseils si la pathologie est connue et facile à traiter. Mais si la situation est trop préoccupante ou si l’AI n’a pas identifié la pathologie nous orientons le patient vers les urgences car l’intervention d’un praticien s’avère nécessaire. 

L’enjeu de Citizen Doc est donc d’injecter de l’intelligence artificielle dans l’aide au diagnostic.

D’où vous est venue l’idée de créer Citizen Doc ?

Pourquoi j’ai créé Citizen Doc ? Cela vient d’un raisonnement médical. Je suis médecin de formation et actuellement neurochirurgien. J’étais à Londres il y a quelques années et je me suis rendu compte que les anglais étaient novateurs dans le domaine des technologies en santé. Je me suis inspiré de ce qui se faisait là-bas et j’ai commencé à construire mon algorithme pour automatiser le diagnostic médical. J’ai ensuite collaboré avec d’autres médecins de mon entourage et des développeurs afin de rendre le système simple et fluide malgré la complexité de la technologie.

Citizen Doc en quelques chiffres, c’est quoi ?

La société a maintenant 2 ans, j’en suis le président et co-fondateur. Je me suis associé avec Guillaume Lévy qui a un profil plutôt financier et nous avons désormais une équipe aux profils variés où tous les métiers sont représentés, tant des développeurs que des médecins.

L’application est en ligne depuis janvier 2016, sur Apple et Android ; ce n’est pas moins de 40 000 téléchargements et 150 000 pré-diagnostiques qui ont été réalisés.

Notre application est gratuite pour le patient, nous nous rémunérons grâce à des partenariats avec d’autres briques de l’e-santé vers lesquels nous orientons nos utilisateurs. C’est un business model très anglo-saxon basé sur la data et le nombre d’utilisateurs.

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Quelles sont les prochaines étapes pour Citizen Doc ?

Nous souhaitons faire évoluer notre offre, en passant d’une médecine algorithmique à une médecine personnalisée et donc un business model B2C avec un service premium. L’utilisateur fournira, au-delà de ses symptômes actuels, ses antécédents et un certain nombre d’informations sur son état de santé.

De plus, nous avons été lauréats en janvier dernier d’un concours de la BPI pour le projet « Digital Africa ». Nous avons donc de bonnes opportunités pour développer nos services en Afrique où il y a un réel besoin. Nous avons déjà réalisé un voyage à Bamako et en Afrique du Sud pour évaluer la possibilité de développer un système d’assistance médicale.

Enfin, nous n’excluons pas de nous implanter sur le marché anglo-saxon qui est certes plus concurrentiel mais aussi plus mature. Il y a aussi moins de contraintes légales et juridiques en particulier et la monétisation est plus facile ce qui rend ce marché très séduisant. 

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Comment voyez-vous l’évolution du secteur de la santé avec l’arrivée des nouvelles technologies, du numérique ?

Je crois beaucoup en l’avenir de la technologie en santé. Il y aura évidemment une révolution digitale et elle est même déjà en marche. Cependant, la santé est un secteur bien particulier et la révolution numérique ne sera pas aussi généralisable que dans d’autres domaines pour trois raisons principalement.

  • La santé c’est plus complexe que le retail, la vente de produits ou la location de résidence… on touche à la vie ! C’est pourquoi je pense qu’il n’y aura pas d’ubérisation massive et générale de la santé.
  • De plus, c’est un domaine extrêmement réglementé (sécurité médicale, confidentialité, sécurité informatique de la donnée médicale…) où il y a de grosses contraintes à prendre en compte.
  • Enfin les payeurs ne sont pas les mêmes que pour Uber : la santé est payée par l’Etat et les assurances, et non par l’usager. L’Etat et les partenaires sociaux sont garants de la santé, financée par les charges sociales, ainsi un acteur privé unique de type Uber ne pourra pas se substituer facilement à l’Etat.

Par conséquent, je pense que l’e-santé se développera dans des niches spécialisées, par le développement de petits acteurs sur des aspects bien particuliers de la santé. Mais derrière ces évolutions, il y a toujours une idée sous-jacente qui est d’améliorer la relation entre le médecin et le patient en optimisant les activités du médecin sur des tâches à forte valeur ajoutée pour qu’il ne perde plus de temps là où l’intelligence des technologies numériques peut l’aider.

Comment l’Etat Français aide au développement de l’e-santé selon vous ? 

Concrètement, ça bouge et dans le bon sens !

Il y a plusieurs acteurs dans les institutions. D’une part, on dépend des agences régionales de santé qui déterminent la politique à mener. En ce moment, il y a du changement et j’espère que les ministères dédiés vont faciliter la tâche. Mais au final, tout est lié à des questions économiques : l’e-santé va permettre de faire des économies d’échelle, à nous de les convaincre ! Le deuxième acteur, c’est l’assurance maladie. Elle commence à s’ouvrir et à rendre publiques ses données après les avoir rendues anonymes. C’est un pas de géant que d’avoir des nouvelles data. De plus, les lignes juridiques bougent : la téléconsultation est désormais un cadre autorisé et la réalisation d’ordonnances par internet l’est également depuis janvier 2016…  Enfin, le Conseil National de l’ordre des médecins est le troisième acteur en jeu. Et contrairement à l’image qu’on peut lui donner, il n’est pas du tout hermétique à ces nouvelles technologies et ces évolutions des métiers de la santé. Par exemple, il vient de publier un rapport piloté par Jacques Lucas (Vice-Président du conseil national et délégué général aux systèmes d'information en santé) sur la télémédecine qui s’avère très positif et encourageant.

Les nouvelles technologies bousculent la relation patient-médecin : comment chaque partie voit-elle l’intrusion du numérique dans un contexte médical encore souvent perçu comme intime ?

A ce niveau-là, je suis mal placé car je suis juge et parti ! Mais il est vrai que je m’attendais à avoir plus de mauvais retours de la part de la profession : certains sont très ouverts, d’autres ne sont pas contre mais ne perçoivent pas toujours l’intérêt des nouvelles technologies dans leur quotidien… Evidemment, il y a un phénomène générationnel en termes d’usage.

Ce qu’il faut savoir, c’est que nous médecins, nous avons maintenant l’habitude de voir des patients en consultation qui viennent avec pléthore d’informations issues d’internet ; à nous, d’avoir une posture de pédagogie médicale pour faire la part des choses et faire comprendre aux patients qu’ils doivent éviter certaines plateformes web très anxiogènes. Le médecin d’aujourd’hui n’a plus le choix, il doit continuer d’exercer son métier avec le foisonnement de ces bonnes ou moins bonnes informations. Dans notre société totalement transparente, où l’information circule très vite nous devons repenser la place du médecin qui n’est plus le seul à détenir la vérité absolue sans la partager.

Enfin, les nouvelles technologies ne remettent pas en cause la relation patient-médecin, ce fameux « colloque singulier » où la confiance, l’empathie et la valeur humaine ne seront jamais remplacé par la machine.

Merci à Arthur André pour cette interview, n’hésitez pas à vous rendre sur le site internet de Citizen Doc pour plus d’information : https://www.citizendoc.fr/