N26, une banque digitale

Cela fait plus de deux ans que j’utilise cette banque, révolutionnaire à l’époque, toujours en avance aujourd’hui. Je vous livre un bilan d’utilisation intensive par ma fille et par moi.

N26, une banque digitale

Je vais vous parler de plusieurs aspects de cette banque : l’ouverture du compte, l’utilisation au jour le jour, l’utilisation à et avec l’étranger, la comparaison avec le reste du marché.

L’ouverture du compte

Cela commence à dater pour ce qui concerne l’ouverture de mon compte, cependant je me souviens assez bien de l’ouverture du compte de ma fille, il y a exactement un an. Pour ma part, j’avais fait l’ouverture en ligne à 100%, en téléversant un scan de document d’identité et un justificatif de domicile, puis en faisant un chat video avec un conseiller qui prenait soin de voir qui vous étiez. Cela avait été très rapide, et quelques minutes après j’avais un IBAN, et quelques jours ouvrés après, j’avais ma carte bancaire.

Quand ma fille a ouvert son compte, l’entretien video était bien plus précautionneux : il a fallu montrer le document d’identité avec ma fille dans le champ visuel, incliner le document, zoomer sur différentes partie du document… J’imagine que un an de retour d’expérience leur avait appris le besoin d’être très attentif à l’authenticité des documents montrés et de la correspondance visuelle entre la personne et sa photo d’identité. Cela n’avait en tous cas pas nui à la rapidité d’ouverture.

L’utilisation au jour le jour

Un point peut paraître singulier : comme beaucoup de néo banques, il est indispensable d’avoir un mobile. Pour recevoir des codes OTP, « One Time Password », pour valider une transaction, l’app mobile est nécessaire. C’est assez sécurisant, car il faut toujours de la double voire triple authentification pour sortir de l’argent de votre compte : login, mot de passe, possession du smartphone, code de virement.

Cet avantage se retourne en casse-tête quand on perd ou se fait voler son mobile et sa carte, ce qui est arrivé à ma fille quand on lui a volé son sac : vite penser à faire opposition à sa carte SIM et sa CB. Surveiller les connexions dans l’interface web. Et s’organiser militairement pour tout récupérer. Cela milite pour des moyens élaborés d’authentifications sur smartphone (et sur Laptop !) : codes à au moins six chiffres,  « face ID », clé NFC…

Cette pléthore de codes peut dérouter les moins habitués : entre le code de connexion à l’interface web ou l’app, celui de virement, et le code de la CB, on peut finir par s’y perdre et en oublier un, d’autant que parfois il y a ambiguïté car un « PIN » vous est demandé, alors que ce code est appelé partout ailleurs « code de virement ». On est donc tenté de saisir le code de la CB, souvent appelé « PIN code ».

Autre aspect déroutant : les transactions de virement sortant étant validées obligatoirement par acquittement dans l’app, il faut appairer le smartphone, et lorsqu’on en change, il faut désappairer l’ancien et appairer le nouvel appareil.

Malgré ce bel empilement de mesures de sécurité, l’interface web ou app reste simple, claire, concise, et les transactions sont rapides. Rien à voir avec une autre de mes banques où il y a un moratoire de 48h entre la saisie d’un bénéficiaire, pourtant doublement validée par login+mdp et réception d’un code OTP, et la capacité à lui verser de l’argent. Mes créanciers apprécient !

Comme Nickel et Boursorama, les transactions sont exécutées instantanément : avant même d’avoir les billets du DAB dans votre main, votre téléphone vibre pour vous avertir de la transaction, ce qui permet de réagir très vite en cas de fraude.

Dernier élément de praticité : la CB N26 est compatible avec Apple Pay. Seule une des huit autres banques que j’utilise offre cette possibilité : Boursorama Banque. J’utilise de plus en plus Apple Pay. Je trouve ça pratique, sûr et hygiénique : pratique car cela se fait en un seul geste, sûr car avec Face ID et sans saisie de code sous les yeux de tous et des caméras de videosurveillance HD, et hygiénique car plus besoin de toucher le terminal CB où 439 personnes ont mis la main au cours de la dernière journée dans le restaurant où je paie mon addition.

L’utilisation à et avec l’étranger

J’ai de plus en plus l’occasion de voyager à l’étranger, professionnellement ou personnellement. La CB N26 standard, gratuite, tout comme le compte, est une mastercard. Elle fonctionne partout où j’en ai eu besoin, sauf dans quelques bancomats exotiques au fin fond de la Bolivie ou de l’Argentine du Nord-Ouest. Il faut toujours un peu de cash en réserve 🙂 Là aussi, l’utilisation est de plus en plus intégrée à Apple Pay. Cet usage est très largement diffusé notamment dans tous les pays d’Europe que j’ai eu l’occasion de visiter cet été.

Les frais de transaction à l’étranger et de change, quand on paie en devise autre que l’euro, me semblent très raisonnables, même si je n’ai pas encore pris le temps de faire une comparaison quantifiée avec une ou deux autres banques.

Autre bonus, N26 fonctionne avec TransferWise, qui permet de faire des virements d’un montant exact en monnaie cible autre que l’euro. Exemple : vous devez payer un loyer de 600 USD tous les premiers jours du mois. Et bien avec TransferWise, vous saisissez « 600 USD », la conversion est faite au taux du moment, avec ajout de la commission de service. C’est tout simple mais cela évite les approximations de change et permet aux destinataires des virements de retrouver le montant qu’ils attendaient, « 600 USD » et pas « 601, 24 USD ».

En cas de pépin comme le vol, l’opposition est rapide via l’interface web, et le renouvellement de la carte aussi, en deux ou trois jours. Mais si vous avez aussi perdu votre mobile, il faudra attendre d’avoir à nouveau une carte SIM et un smartphone pour réactiver tous les services.

Comparaison avec les autres banques

Pour moi il y a trois grands segments de banques de détail, pour les personnes ou les entreprises :

  • les Avant-gardistes
  • les Suiveurs
  • les Retardataires

Dans les banques que j’ai utilisées, voici mon avis :

  • Avant-gardistes : N26, Nickel (si BNPP ne les écrase pas), Qonto
  • Suiveurs : Boursorama banque (et oui, déjà !), Crédit Mutuel, CIC, La Banque Postale (et oui, c’est mon avis !), le Crédit Agricole
  • Retardataires : BNPP, Axa banque (alors que c’était la Banque Directe, la première banque en ligne !), HSBC Entreprises

Qu’est-ce qui caractérise les différences ?

  • L’usage est-il pensé avec le mobile, le web, ou bien l’agence physique (« merci de passer en agence pour chercher votre CB » ! « Votre bénéficiaire sera validé grâce à un code que vous recevrez sous trois jour par courrier »…).
  • Le coût des services, simple et forfaitaire avec des grands packages de services, 2 voire 3 au plus, ou bien une brochure tarifaire de 12 pages avec 67 rubriques.
  • La souplesse ET la sécurité, et pas l’un OU l’autre.
  • La facilité à joindre un humain respectueux et compréhensif, vs. des gens sans pouvoir en agence, voire désagréables.
Des services packagés en trois niveaux d'offres et de prix

Des services packagés en trois niveaux d’offres et de prix

Évidemment, les néo-banque digitales que je connais sont encore absentes des services complexes comme le prêt, immobilier ou autre, l’affacturage, et autres opérations de financement d’entreprises. J’ai bien reçu, récemment, de la part de Qonto, un questionnaire de recueil d’attentes en la matière, peut-être vont-ils ouvrir de nouveaux services aussi 100% dématérialisés et ATAWAD : AnyTime, AnyWhere, AnyDevice.

En conclusion

N26 comme de nombreux autres concurrents comme Nickel, Curve, Revolut, Monese, sont en train de recréer la banque avec les technologies de l’internet et de la mobilité, et pas juste lui passer une couche superficielle de digital sur de vieilles pratiques marquées par l’agence physique, le courrier et le fax. Cela donne un grand coup de frais à un secteur très fermé jusque là, et permet de réduire le coût d’usage et de gestion de son argent et de son épargne, tout en offrant des services infiniment plus rapides et pratiques qu’il y a vingt ans.

Pourtant, il reste des choses à faire :

  • Comment payer instantanément et en sécurité un achat d’appartement chez le notaire ?
  • Comment souscrire un prêt immobilier en ligne, sans que cela ne tourne au cauchemar de complexité ou d’arnaque ?
  • Comment fluidifier le marché en permettant de changer vite et de manière sûre de banque, sans risquer de manquer un paiement aux URSSAF ou de perdre le paiement d’un client ? À quand, comme pour les telecoms mobiles, des mécanismes automatisés de portabilité, dont l’absence est le principal facteur empêchant la mobilité bancaire donc le jeu de la concurrence ?
  • Comment séparer les services bancaires en couches, comme l’hébergement web : une couche de gestion des liquidités et d’opération d’échanges interbancaires, une espèce d’hébergement de bas niveau, une ou plusieurs couches de services élaborés (compte courant, épargne, bourse, PEA, prêts…) avec une interface homme-machine dédiée, équivalent à une espèce d’application ? Cela permettrait aussi de simplifier le changement de banque, ou l’optimisation sans problème d’un service en gardant les autres interfacés.

C’est une bonne nouvelle, cela laisse encore de quoi remplir de belles roadmaps de produits et services dans les banques !

Philippe Kalousdian

Philippe Kalousdian a fondé ISlean consulting avec Eric Villesalmon en 2008. Il est marié, a deux grands enfants. Il intervient en stratégie et transformation numérique. Il a débuté comme ingénieur du cycle nucléaire à SGN/Areva. Il rejoint Bossard-Gemini consulting en 2000. Philippe est diplômé de MINES ParisTech, membre CA MINES ParisTech Alumni de 2010 à 2018, est membre fondateur de X-Mines Auteurs et du MOM 21. Il aime le ski et est heureux détenteur d'une VFR1200. Il connecte ainsi des univers inattendus, ce qui crée de la valeur par sérendipité. Depuis 2014, il accompagne des start-up, en temps et argent, dont Color Grail et e-commerce.cx.


Philippe Kalousdian

Philippe Kalousdian a fondé ISlean consulting avec Eric Villesalmon en 2008. Il est marié, a deux grands enfants. Il intervient en stratégie et transformation numérique. Il a débuté comme ingénieur du cycle nucléaire à SGN/Areva. Il rejoint Bossard-Gemini consulting en 2000. Philippe est diplômé de MINES ParisTech, membre CA MINES ParisTech Alumni de 2010 à 2018, est membre fondateur de X-Mines Auteurs et du MOM 21. Il aime le ski et est heureux détenteur d'une VFR1200. Il connecte ainsi des univers inattendus, ce qui crée de la valeur par sérendipité. Depuis 2014, il accompagne des start-up, en temps et argent, dont Color Grail et e-commerce.cx.

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