Libération de l’entreprise – témoignage de Sylvain Pierre, entrepreneur au Vietnam

L’entreprise peut-elle être libérée ? De quoi, d’ailleurs ? Peut-être de nos peurs d’abord et de certaines mauvaises habitudes des pratiques managériales de la 2ème révolution industrielle. Certains osent sauter le pas, et donner une réalité aux rêves de libération : nous avons rencontré Sylvain Pierre, entrepreneur français parti créer pour mieux libérer son entreprise au Vietnam !

Entretien avec notre envoyé spécial au Vietnam, Gaspard Schmitt 😉

Dans ce premier article, nous détaillons les motivations et différences de la libération. Dans une logique de partage d’expérience, un deuxième article approfondit les difficultés, les résultats et l’apprentissage de la mise en œuvre de la libération d’entreprise.

Pourquoi avoir choisi de prendre le risque de « libérer votre entreprise » ?

Nous sommes arrivés à plusieurs à cette évolution pour notre organisation : l’entreprise libérée nous semble la forme d’organisation du futur.

Personnellement, 3 chemins m’ont mené à la libération :

  • D’abord, l’expatriation : j’ai beaucoup appris en passant du temps loin de mon pays. J’ai vu trop de gens malheureux dans leur travail ! Malgré l’intérêt du job, il semble leur manquer une vision – un but ou un sens,
  • Ensuite, j’ai eu la chance de rencontrer de nouvelles personnes à l’état d’esprit différent,
  • Enfin, j’ai lu ! Certains livres (1) m’ont interrogé sur le développement personnel, le POURQUOI d’une entreprise, sur aussi le monde actuel, ses évolutions etc.

Entre les 3 cofondateurs (2), nous avons donc partagé cette décision ainsi qu’avec des chefs de départements. Nous pensons que c’est naturel de libérer une entreprise. Voire nécessaire dans notre monde !

En plus d’une organisation d’entreprise, c’est une vision de société que la libération :

  • C’est intégrer la logique de la fin du salariat (demain tous entrepreneur, freelance),
  • C’est admettre que nous aspirons à trouver notre vocation et permettre aux gens de la trouver,
  • Finalement c’est répondre à une problématique actuelle qui est « trouver sa raison d’être ».

Quel est finalement le moteur de cette prise de ce risque ? 

C’est entièrement par conviction. La libération demande une très forte conviction.
Si l’entreprise veut d’abord augmenter sa rentabilité et ne voit la libération que comme un moyen supplémentaire, elle risque de passer fondamentalement à côté. La vision de la libération repose la question de la raison d’exister de l’entreprise. Sa pérennité à moyen terme, avant sa performance à court terme !

Quelles étapes dans le parcours de libération de l’entreprise ?

Une question qui s’est posée assez vite sur le chemin de la libération a été : « pourquoi les managers » ?

L’un des rôles traditionnels du manager était d’assurer la communication. Or, aujourd’hui des outils font circuler l’information de façon fluide et à bas coût : que reste-t-il donc aux managers ?
S’ils s’appuient exclusivement sur ce rôle, les managers perdent à la fois leur pouvoir mais aussi leur utilité.
Je pense que les mauvais managers déploient beaucoup d’efforts à garder ce pouvoir.

Quelles sont les principales différences entre votre entreprise et une entreprise classique (illustrations de libération) ?

 #Au niveau du management d’équipe

Nous avons monté une nouvelle équipe simultanément à notre libération : nous lui avons confié les rôles et activités relevant d’un manager dans une entreprise classique ; l’équipe définit son planning, ses membres, ses ressources etc. Les membres arrivent à se coordonner sans avoir besoin d’un manager.

Ce qui est intéressant, c’est quand la charge a fortement augmenté, l’équipe a fait face : les membres du groupe se sont réparti le travail supplémentaire. Ils étaient aussi en charge de recruter la personne devant les décharger : « ils étaient maitre de leur destin »

#Au niveau de la finance de l’entreprise

Personnellement, j’ai arrêté de regarder les chiffres. On a plus trop de reporting sur la marge etc. Je ne suis pas sûr que cela soit une bonne chose. « Tant qu’on arrive à tout payer, les salaires, on est content »

On essaie que chaque équipe ait l’info de ses données financières, (coût et profit). On essaie de transmettre cette info pour que les membres puissent se poser la question : combien je vais me payer ?

Je voudrais aller plus loin sur ce point : que cette autonomie financière soit vraie pour toutes les équipes

#Au niveau de la communication au sein de l’entreprise (3)

Le postulat de départ : plus tu partages, mieux c’est.

Nous utilisons donc Google+ que nous trouvons beaucoup moins intrusif qu’un email. Cela transfère le choix – de prendre connaissance de l’information – au récepteur.
Une exemple : pour travailler sur une opportunité de support client pour Uber, j’ai mis l’info sur Google+, en faisant appel aux volontaires ; l’équipe se crée d’elle-même par rapport à un projet, en dehors de toute hiérarchie prédéfinie.

 #Au niveau de la gestion des ressources humaines

Probablement un des bastions de l’entreprise traditionnelle, comme la finance. Je ne saurais dire si c’est lié aux personnes à ces postes ou sur les spécificités des postes en eux-mêmes. Sur la RH, nous ne sommes pas assez avancés à mon avis : on a toujours une chargée de recrutement.

Je pense qu’on pourrait « libérer », redistribuer, diffuser ces fonctions.

#Au niveau de la frontière de l’entreprise

Avec la libération, les limites de l’entreprise sont beaucoup plus floues. Pour une entreprise traditionnelle, soit tu appartiens à une boite, soit tu n’y appartiens pas.
La frontière pour nous est plus poreuse : beaucoup de partenaires gravitent autour d’Officience, et contribuent à son développement sans être liés nécessairement contractuellement.

Des exemples de cette porosité : des personnes – de la société civile – viennent dans nos locaux quand nous leur prêtons. Nous avons un gros réseau d’anciens, qui restent attachés à la boite et qui apportent du business.

 

Article co-rédigé avec Louis-Alexandre Louvet

Lire la suite entreprise libérée, expérience et témoignage de Sylvain Pierre

 

Notes :

(1) Exemple de lectures recommandées par Sylvain : Start with Why (Entreprise), The Element (développement personnel), L’âge de la multitude.

(2) Emission Complément d’enquête sur France 2, avec Officience https://www.youtube.com/watch?v=8M9YoVwwQXI

(3) https://www.ted.com/talks/bonnie_bassler_on_how_bacteria_communicate?language=fr

Gaspard Schmitt

Passionné par les thématiques de transformation numérique, Gaspard est un de nos alumni, après un stage de consultant au sein d'ISlean en 2015. Il vit aujourd'hui au Vietnam, à Ho Chi Minh Ville où il suit le programme Executive MBA du Centre Franco-Vietnamien de Gestion.


Gaspard Schmitt

Passionné par les thématiques de transformation numérique, Gaspard est un de nos alumni, après un stage de consultant au sein d'ISlean en 2015. Il vit aujourd'hui au Vietnam, à Ho Chi Minh Ville où il suit le programme Executive MBA du Centre Franco-Vietnamien de Gestion.

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