Le Jugaad, l’innovation venue des pays en développement

Daniel Jasmin, fondateur du cabinet de conseil en innovation Explolab, présente sur Le Cercle les Echos son expérience du Jugaad, cette méthode de développement de l’innovation avec des ressources réduites.

Ce mardi 16 avril sortait la version française du best seller « Jugaad Innovation » (terme indien signifiant innovation frugale) qui montre à travers de nombreux exemples comment, en imaginant des solutions adaptées aux contraintes des pays en voie de développement, on parvient à réinventer avec ingéniosité des chaînes complètes de production ou de distribution plus frugales.

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La question centrale que nous retrouvons derrière toutes les questions que nous adressent nos clients et qui les amène à chercher à faire autrement se résume par : Comment faire plus avec moins ?
Comment concilier un marché qui demande de délivrer toujours plus de services et de plus en plus vite et un contexte de restriction qui demande d’économiser de plus en plus de ressources ?

Pour résoudre cette équation, le premier réflexe des entreprises est de supprimer les projets ou de surcharger les ressources disponibles pour en faire le plus possible.

Cela ne marche pas.

La suppression de projets met en péril l’activité de l’entreprise et la surcharge des ressources induit que les projets sont mal pilotés et finissent par durer plus longtemps et par coûter plus cher que prévu.

La recette que nous avons élaborée s’appuie sur une approche entrepreneuriale des projets.
Lorsque nous créons une entreprise, nous développons pour survivre des réflexes qui nous amènent à challenger sans cesse notre vision et de trouver des solutions ingénieuses pour pallier les aléas en pensant que chaque euro compte et que chaque journée gagnée a de la valeur.

Comment les grandes entreprises peuvent retrouver ce dynamisme entrepreneurial présent à leur genèse ?

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Afin de recréer dans les grandes entreprises le même environnement contraint que ce d’une start-up nous travaillons sur plusieurs dimensions :

– Le rythme : En imposant des cycles courts (6-10 mois) pendant lesquels les projets sont priorisés, mis en oeuvre, testés et arbitrés pour décider leur généralisation
– Le challenge : Aucun projet qu’il soit industriel ou expérimental ne sort si on n’est pas sûr de l’avoir rendu le plus frugal possible
– Le design to cost : Le projet challengé est enfermé dans une boîte de coûts et la mission du chef de projet est d’arbitrer tout le long du projet pour la maintenir

Cet univers de contraintes, s’il est maintenu, pousse les équipes à trouver des solutions ingénieuses sans cesse et dégage des millions d’économies car c’est dans ce ré-ingeniering frugal que se cachent les poches d’économie et les leviers de réactivité des entreprises.

Comment maintenir cet univers de contraintes alors que les équipes vont avoir une tendance naturelle à retourner vers des solutions connues et maîtrisées et à allonger les délais ?

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– Les diagnostic rapides afin de challenger les projets industriels dès leur émergence et les rendre plus frugaux
– Les Labs afin d’expérimenter les projets à modèle économique incertain dans des coûts et des délais contraints avant de décider leur généralisation

Quelque soit le secteur et la taille des entreprises, nous avons trouvé dans les équipes de nos clients les mêmes gisements d’ingéniosité bridés par des organisations, des systèmes de mesure et autres processus normalisateurs que les entreprises ont collégialement adoptés dans leur modèle de développement.

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La période difficile que nous traversons est peut-être le bon moment pour redevenir ingénieux et entreprendre une cure de jouvence.

Source : http://lecercle.lesechos.fr/entrepreneur/developpement/221170821/pensez-jugaad-cure-jouvence-entreprises-francaises


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