La révolution industrielle informatique selon Louis Naugès – Partie 2

Retour sur l’article en cinq parties de Louis Naugès à propos de la révolution industrielle informatique. L’auteur s’intéresse ici aux infrastructures.
La première partie de l’article est disponible ici

Dans la première partie de cette analyse, j’ai posé les bases de la R2I, Révolution Industrielle informatique.
C’est dans le domaine des infrastructures que cette R2I est la plus avancée, c’est dans ce domaine qu’elle sera la plus profonde, c’est aussi dans ce domaine que les bénéfices seront les plus faciles à quantifier.
Comment va se présenter cette R2I dans les trois composants principaux d’une infrastructure informatique, les serveurs, les postes de travail et les réseaux ?

Serveurs

Depuis 2007, l’expression Cloud Computing est sur toutes les lèvres, mais le vrai Cloud, le Cloud public, a vu apparaître à ses côtés des cousins germains, pas toujours « légitimes » : les Cloud privés, communautaires, nationaux, hybrides… (…)

Cloud privé : l’imposture absolue

Tous les fabricants de serveurs, paniqués par l’arrivée des industriels du Cloud public, ont inventé ce contre-feu appelé Cloud privé.
Oui, il y a probablement dans chaque pays une dizaine de très grandes organisations qui ont les moyens de transformer leurs centres de calcul traditionnels en véritable Cloud privé.

C’est le cas de la banque JPMorgan Chase qui investit 500 millions de dollars dans un nouveau centre de calcul. C’est le ticket d’entrée minimum si l’on veut jouer dans la cour des grands et proposer des solutions privées industrielles, qui permettent :

• De facturer les services à l’heure.
• De pouvoir faire varier de 1 à 10 000 le nombre de serveurs affectés à une tâche.
• De garantir une redondance très forte et des SLA (Niveau de garantie de services) supérieurs à 99,99 %.

Pour toutes les autres entreprises, une opération de chirurgie esthétique s’impose : elles peuvent remplacer, sur la façade de leur centre de calcul, l’expression « Centre de calcul » par « Cloud privé » et le tour sera joué.

Cloud Communautaire : une voie d’avenir, métier par métier

Un Cloud communautaire, c’est une infrastructure partagée par plusieurs organisations du même secteur d’activité, pour héberger une application métier commune et qui n’est pas un élément majeur de différentiation ou de compétitivité. (…)
Je pense, et j’espère, que ce mouvement « communautaire » va s’amplifier et que de très nombreux secteurs d’activités, hôpitaux, Conseils Généraux ou Régionaux, CCI… vont choisir cette voie, raisonnable, rentable et rapide, d’industrialisation de leurs applications métiers communes.

Cloud Public : l’essentiel de l’énergie informatique produite

Un Cloud public, c’est un ensemble de serveurs gérés par de grands industriels qui mettent ces ressources à la disposition de clients qui achètent de l’énergie informatique en ne payant que ce qu’ils consomment.
Depuis sa création en 2006 Amazon avec AWS, Amazon Web Services, est le numéro 1 sur ce marché.
La compétitivité des grands industriels du Cloud Public dépend de la performance de leurs infrastructures et ils communiquent très peu sur ce sujet.
Il a fallu attendre les calculs faits par Huan Liu, PhD de Stanford travaillant chez Accenture, pour avoir une première estimation du nombre de serveurs utilisés par AWS, autour de 500 000. Amazon ne communique pas plus sur le Chiffre d’Affaires d’AWS mais les analystes, comme GigaOM, estiment qu’il a dépassé largement le milliard de dollars en 2011.

Deux chiffres permettent de mieux comprendre la compétitivité industrielle d’AWS :
• Entre 2006 et mi 2012, le prix de vente d’une heure de calcul a été abaissé 20 fois de suite.
• Le nombre de services proposés est passé de 9 en 2007 à 82 en 2011.

Google, comme Amazon, ne donne aucun chiffre officiel sur le nombre de ses serveurs ; les chiffres disponibles, non officiels, parlent de 2 à 3 millions de serveurs fin 2011.
3,5 milliards de dollars : c’est la somme investie en 2011 par Google pour ses infrastructures ! (…)
En 2012, Google a commencé à mettre ses infrastructures au service de clients externes, sous le nom GCE « Google Compute Engine », en ce plaçant ainsi en concurrent direct d’AWS.

C’est une excellente nouvelle pour les… entreprises clientes, qui ont maintenant le choix entre deux grands fournisseurs d’IaaS (Infrastructure as a Service), AWS et GCE.

Clouds nationaux

L’un des thèmes « à la mode » actuellement est celui de la géolocalisation des données dans des espaces nationaux, en applications de règles et de lois très anciennes. On assiste donc dans certains pays, comme la France, à la naissance de solutions nationales.

En France, le projet Andromède, financé par le grand emprunt, vient de donner naissance à deux «clouds français»:
• Numergy, soutenu par SFR et Bull.
• Cloudwatt, avec Orange et Thales.

(…)

Par contre, pour lutter d’égal à égal avec les grands industriels de l’énergie informatique, je ne suis pas certain qu’une approche nationale a beaucoup de sens et d’avenir. J’aurais bien aimé que l’Europe prenne ce projet en main, mais ce n’est pas bien parti…

En résumé

Les entreprises qui ont compris les principes de l’industrialisation des serveurs et les avantages de cette démarche vont :
• Entreprises petites et moyennes : acheter toute leur énergie informatique à des fournisseurs industriels de véritables Clouds publics.
• Très grandes organisations : acheter l’essentiel de leur énergie informatique à des fournisseurs industriels de véritables Clouds publics. Elles auront encore besoin, pendant quelques années, de garder des serveurs dans leurs centres de calculs privés ou chez des hébergeurs traditionnels pour faire fonctionner des applications historiques.
• Utiliser de plus en plus de Clouds communautaires par industrie, pour mutualiser leurs applications métiers industrialisables. Banques, assurances, hôpitaux, CCI, Conseils Généraux… la liste est longue de ces métiers qui ont tout à gagner à cette création de Clouds communautaires.

Postes de travail

PC, smartphones, tablettes… Les outils que l’on achète sont déjà de qualité industrielle, fabriqués à des millions d’exemplaires et proposent tous les jours des performances en hausse, des coûts en baisse.
L’industrialisation reste donc à faire… au sein les entreprises, dans la gestion de ces postes de travail.

Le coût du « bricolage actuel »

Je propose les hypothèses suivantes, raisonnables, sur un poste de travail traditionnel actuel, un PC portable Windows :
• Prix d’achat : 1 000 €.
• Durée de vie utile : 3 ans.
• Coûts directs de fonctionnement, électricité, assurance… : 500 € sur 3 ans.

Les calculs du TCO (Total Cost of Ownership) ou coût total de possession de ces PC, réalisés par de grands cabinets d’étude tels que le Gartner Group, annoncent un chiffre minimum de 3 000 € par an, soit 9 000 € sur 3 ans.

Un calcul un peu brutal donne donc :
Coûts indirects = 9 000 – 1500 = 7500 € soit 5 fois les coûts directs.

Industrialisation des postes de travail en entreprise

L’industrialisation dans le management des postes de travail peut-elle ramener à zéro ces coûts indirects ? C’est peu réaliste à court terme et je préfère définir un objectif plus raisonnable : coûts indirects = coûts directs, soit un TCO sur 3 ans de 3 000 €.
Potentiels de gains réalistes : 6 000 € par poste de travail

(…)

Quelles sont les pistes principales qui vont permettre cette industrialisation :

• Abandon du mythe d’un « master PC Windows » comme seule solution pour équiper tout le monde. (…)
• Privilégier une grande variété de solutions, en donnant à chaque utilisateur un poste de travail adapté à ses besoins.
• Utiliser en priorité des CCD, Cloud Connected Devices, postes de travail que l’on utilise uniquement avec un navigateur moderne.
• Promouvoir des démarches AVOP (Apportez Vos Outils Personnels) (…)

L’industrialisation du management des postes de travail est l’une des pistes majeures de réduction des coûts de l’informatique, surtout dans les grandes organisations.
(…)

Réseaux

Comme cela se passe pour les postes de travail, l’offre de réseaux est déjà industrielle, les usages le sont… un peu moins !
Cette industrialisation est une réalité dans le monde des réseaux mobiles, 3G, 4G ou Wi-Fi. Il y a aujourd’hui plus de 6 milliards d’abonnements mobiles dans le monde et des dizaines de millions de hotspots Wi-Fi sont disponibles, le plus souvent gratuitement.
La R2I est aussi bien avancée dans le monde des réseaux filaires proposés par les opérateurs. S’il reste encore quelques organisations qui gèrent elles-mêmes leurs réseaux longue distance (WAN), comme le Ministère de la Défense, l’immense majorité des entreprises ont externalisé leurs WAN à des opérateurs tels que BT, AT&T ou Orange.

Industrialisation des réseaux d’accès

Quelles sont les pistes qui permettent, aujourd’hui, d’industrialiser les usages des réseaux par les collaborateurs de vos entreprises, en améliorant la qualité, la vitesse, la disponibilité, la sécurité tout en réduisant les coûts ?
Et si la meilleure démarche d’industrialiser les réseaux d’entreprise consistait à les réduire à leur plus simple expression ?
Que se passerait-il si la majorité de vos collaborateurs pouvaient se connecter, au bureau, comme ils le font… en dehors de leur bureau ?
Rappel : nous sommes dans un contexte où la variété des objets d’accès est la norme, où plus de 80 % de ces objets sont mobiles et ne peuvent pas se connecter à un réseau filaire ; difficile de connecter un iPad ou un smartphone Android à un réseau Ethernet avec une prise RJ45 !
Rappel : nous sommes dans un monde où la majorité des applications sont accessibles depuis un navigateur et hébergées en priorité sur des Clouds publics.

Au bureau, comme… chez soi ?

Domicile, hôtel, aéroports, cafés, salles de congrès… tous ces lieux sont maintenant devenus des hotspots Wi-Fi.
Je propose de renverser la démarche classique qui consiste à considérer que le bureau est le seul endroit où l’on peut se connecter en toute sécurité.
Demain, le bureau ne sera plus qu’un endroit parmi des dizaines d’autres, où l’on peut aussi se connecter au système d’information de son entreprise !
Pour les utilisateurs, cette démarche deviendra très vite naturelle ; tous leurs accès au SI seront identiques, indépendamment du lieu où ils se trouvent. Ils pourront utiliser les mêmes outils, les mêmes navigateurs, les mêmes règles de sécurité, partout dans le monde.

Et la sécurité ?

C’est un thème récurrent dès que l’on parle de réseaux mobiles, de Wi-Fi, de Cloud Computing, de BYOD… Il y a plus de sessions « sécurité » dans toutes les conférences Cloud auxquelles je participe que sur tout autre thème.

Pour les RSSI (Responsables de la Sécurité des SI), le challenge devient beaucoup plus clair ; ils doivent garantir la sécurité des accès au SI pour un utilisateur qui peut se brancher sur tout hotspot Wi-Fi, sur tout réseau 3G ou 4G, dans tous les pays.
Il y aura bien sur des exceptions à cette règle, des applications auxquelles on ne peut pas donner accès à distance, des métiers où il faut segmenter le SI selon des niveaux de sécurité différents… La clef de la réussite de l’industrialisation de la sécurité des accès, c’est de considérer que ces situations resteront l’exception et non pas la norme.

Des réseaux internes filaires, pour quels usages ?

Les réseaux filaires des grandes entreprises ne vont pas disparaître demain matin ; on aura encore besoin, pour des usages spécifiques, souvent métiers, d’accès très haut débit que le sans fil ne sait pas encore proposer. (…)

Et les coûts ?

Je reviens sur la démarche proposée, où l’essentiel des accès se font depuis des objets mobiles, en 3G, 4G ou Wi-Fi.

Chaque collaborateur en mobilité disposera d’un accès, 3G+ aujourd’hui, LTE-4G demain, mais… d’un seul. Tous les smartphones modernes sont capables de se transformer en « routeur Wi-Fi » (Tethering en anglais) pour d’autres smartphones, tablettes ou PC portables. Certains opérateurs rétrogrades continuent à bloquer cette fonction essentielle, mais cela ne devrait pas durer. (…)

En France, depuis l’arrivée de Free sur le marché des mobiles, tous les opérateurs historiques ont été obligés de réviser fortement, à la baisse, leurs forfaits. (…)

Résumé

Demain l’essentiel des accès aux applications, Cloud, de l’entreprise se feront par des réseaux mobiles 3G, 4G ou Wi-Fi. La majorité des utilisateurs auront les mêmes accès quel que soit le lieu où ils se trouvent, en totale « transparence ». La qualité et la sécurité « industrielles » de ces accès seront garanties, car les utilisateurs n’auront plus à gérer des contextes différents.

Des infrastructures informatiques industrielles

Des réseaux économiques et disponibles partout, des serveurs à la fiabilité exceptionnelle, des postes de travail robustes, pérennes et variés…. non ce n’est pas un rêve !
C’est, aujourd’hui, la réalité des infrastructures des entreprises innovantes.
Ce sera, demain, la norme pour toutes les entreprises, quels que soient leur taille, leur secteur d’activité ou leur pays.
Combien de fois avez-vu le moteur de recherche de Google en panne ?
Et si nous prenions exemple sur cette qualité industrielle pour l’informatique de nos entreprises ?

Source : http://nauges.typepad.com/my_weblog/2012/09/r2i-la-révolution-industrielle-informatique-deuxième-partie-les-infrastructures-.html


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