Inclusion numérique – Rencontre – Margault Phélip, Directrice adjointe d’Emmaüs Connect

Dans le cadre de nos entretiens avec des innovateurs, nous avons eu la chance de rencontrer Margault Phélip, Directrice Adjointe d’Emmaüs Connect, association également connue pour son programme Connexions Solidaires et qui œuvre en faveur de l’inclusion numérique.

Pouvez-vous nous parler d’Emmaüs Connect et de l’inclusion numérique ?

L’arrivée des technologies du numérique bouleverse fortement la sphère sociale. Quand nous avons lancé Connexions Solidaires en 2013, nous cherchions à faire du numérique un levier d’inclusion : c’est-à-dire utiliser les technologies pour favoriser le lien social, le retour à l’emploi et plus largement l’intégration dans la société.

Nous avons mené des analyses d’études existantes sur le sujet du numérique, qui ont révélé que 17% des Français se considèrent déconnectés dont 6 millions de personnes en situation de précarité. Il était temps d’accompagner ces personnes dans leur meilleure inclusion numérique.

Toutefois, comme les acteurs de la sphère sociale et les services publics accélèrent grandement leur dématérialisation pour des raisons d’économies, le numérique peut devenir aussi un facteur aggravant d’exclusion pour les personnes déjà en situation de « précarité numérique ».

Le paradoxe auquel nous sommes dorénavant confrontés est :

  • l’apparition de services en lignes, simplifiés et plus personnalisés, pouvant permettre un meilleur accès aux aides et aux services publics
  • face à ces dispositifs exclusivement accessibles en ligne, un risque de diminution du nombre de demandeurs : certains seront exclus car ils n’y auront plus accès comme avant.

Finalement, nous travaillons sur le risque de fracture numérique par le prisme social : si plusieurs millions de personnes ne peuvent pas profiter des technologies numériques, ça peut détruire le modèle social. A l’inverse, si le numérique favorise l’accès aux aides, le risque identifié par des économistes est que la société ne sache pas financer réellement le vrai coût du modèle social (c’est-à-dire la prise en charge de tous les ayant-droits dans 100% des cas).

Où en est l’association après 3 ans d’action ?

En fait, le projet a commencé il y a 6 ans avec Emmaüs Défi, puis est devenu Emmaüs Connect et son programme Connexions Solidaires.

Nous avons d’abord concentré nos efforts sur l’aide aux personnes en difficulté face au numérique via la création de points de contacts en région. Nous avons aidé ainsi 17 000 personnes. .

Mais notre cible est désormais de 6 millions de personnes. Nous allons devoir ne plus seulement agir en direct auprès des personnes en difficulté, mais activer des réseaux des grands opérateurs de la prestation sociale, de l’action sociale, et de l’accompagnement numérique pour accompagner la transition de ces publics vers le numérique. Accompagner les accompagnateurs, en quelque sorte !

Nous sommes donc maintenant confrontés à la transformation numérique de ces organisations. Emmaüs Connect est (grâce à sa taille et à son statut) plus agile que les opérateurs du social. Certains opérateurs nous demandent de les accompagner dans leur prise en mains du sujet, voire de leur fournir des outils numériques, pour mieux se positionner sur ce sujet avec leurs équipes. Notre objectif est de faire du numérique un levier d’insertion et pour cela, il faut accompagner les travailleurs opérationnels de la prestation sociale et aussi agir au niveau local. Dans ce cadre-là, il nous faut guider les opérateurs autour des problématiques d’équipement, d’outillage, voire de formation de leurs équipes…

Concrètement, comment se traduit votre action au niveau local ?

Nous avons mené une étude sur les jeunes, l’emploi et le numérique et notamment les pratiques des jeunes au niveau des missions locales (qui sont des espaces d’intervention dans l’insertion sociale et professionnelle des jeunes).

En France, 2 millions de jeunes ne sont ni en situation d’emploi ni en formation : 50% de ces jeunes n’ont pas d’adresse email et plus de 30% ne savent pas envoyer de pièce jointe dans un mail.

Nous avons donc développé un portail dédié à l’accompagnement des jeunes en insertion professionnelle. Cet outil permettra aux jeunes de trouver des informations sur l’orientation, la formation ou la recherche d’emploi, mais il est aussi pensé pour les professionnels de l’accompagnement des jeunes.

Et vous, finalement, comment en êtes-vous arrivée à ce sujet ?

J’ai toujours su que je voulais travailler dans l’action sociale. J’ai choisi de faire une école de commerce en me disant que ça m’ouvrirait davantage de portes. J’ai d’abord fait partie d’Emmaüs Défi avant de participer à la création de Emmaüs Connect. C’est un sujet passionnant que l’inclusion numérique et il y a beaucoup à faire.

 

Propos recueillis par Louis-Alexandre Louvet et Laurène Guillot.

 

Pour ceux qui souhaitent soutenir cette action : faire un don

Laurène Guillot

Captivée par l’optimisation de performances et les innovations des entreprises, Laurène Guillot a rejoint ISlean consulting en 2013 et accompagne les entreprises dans leurs processus d'amélioration continue. Laurène dispose d’un double profil EFREI (Ecole d’Ingénieur, Informatiques et Technologies du Numérique, Spécialité Finance) – Grenoble Ecole de Management (Mastère Spécialisé Management Technologique et Innovation).


Laurène Guillot

Captivée par l’optimisation de performances et les innovations des entreprises, Laurène Guillot a rejoint ISlean consulting en 2013 et accompagne les entreprises dans leurs processus d'amélioration continue. Laurène dispose d’un double profil EFREI (Ecole d’Ingénieur, Informatiques et Technologies du Numérique, Spécialité Finance) – Grenoble Ecole de Management (Mastère Spécialisé Management Technologique et Innovation).

Leave A Comment