Le vote par internet au secours de l’abstention

Le second tour de l’élection présidentielle française aura lieu le 7 mai 2017, au milieu d’un weekend prolongé, le lundi 8 mai étant férié.
Au regard des enjeux particuliers et de l’incertitude de cette élection, nombreux seront sans doute ceux à renoncer à un weekend prolongé loin de chez eux pour pouvoir aller voter. La procuration est actuellement l’unique alternative mais elle a ses limites : elle est restreinte à un vote par personne, cette personne de confiance doit habiter dans la même commune que vous et on ne sait finalement jamais quel bulletin a été mis dans l’urne.
Le vote par internet apparait comme une option libératrice et qui plus est, « moderne ».
Pourquoi n’est-ce pas proposé ?

Le vote par internet au secours de l’abstention

58% des abstentionnistes auraient voté par internet !

En 2015, un sondage réalisé par Harris Interactive indiquait que 58% des abstentionnistes auraient certainement ou probablement voté aux dernières élections s’ils avaient pu voter par internet. Un pourcentage qui montait à 79% chez les 18-24 ans.

Part des abstentionnistes qui auraient voté sur internet - Harris Interactive 2015

La généralisation du vote par internet permettrait donc de réduire l’abstention.

Si je parle de généralisation, c’est que le vote par internet est déjà possible en France, ce pour les élections législatives. Il reste cependant restreint aux français résidant à l’étranger.

Pourquoi cette mesure n’est-elle donc pas mise en place pour l’élection présidentielle 2017 ?

Les opposants au vote par internet invoquent la sécurité

Trois reproches sont émis à l’encontre du vote par internet, tel qu’il est proposé aux français résidant à l’étranger :
  • L’absence d’isoloir : contrairement au vote classique, le vote par internet ne permet pas de garantir que les électeurs votent pour le candidat de leur choix et ne subissent pas de pressions
  • Les problématiques d’authentification : pour voter par internet, les français installés à l’étranger reçoivent un identifiant par courrier postal puis un mot de passe par courrier électronique pour chaque tour de scrutin. Ce procédé comporte des risques : perte ou vol du  courrier postal, piratage de boite mail…les moyens ne manquent pas pour des fraudeurs de « voter à la place de »
  • L’opacité du processus : aux élections législatives de 2012, le code source du dispositif de vote n’était pas accessible, de sorte que les électeurs n’ont aucune certitude que leur vote a bien été pris en compte ou n’a pas été modifié entre le clic et l’urne virtuelle.

Quels pré-requis pour généraliser le vote par internet en France ?

Un dispositif de vote peut être considéré comme valable lorsqu’il respecte deux critères :
  • La confidentialité des votes : chaque votant doit pouvoir voter de manière confidentielle
  • La vérifiabilité des votes : chaque votant doit pouvoir s’assurer que son vote a bien été pris en compte et les électeurs doivent pouvoir vérifier que les votes sont légitimes (un vote correspond à un votant inscrit sur les listes électorales) et que le résultat correspond à l’ensemble des votes

Les logiciels de vote par internet proposés actuellement répondent, grâce à des algorithmes élaborés, à ces deux critères.

Cependant, il reste nécessaire que plusieurs tiers indépendants valident l’algorithme de traitement des votes, voire que le code source soit mis à la disposition du public. En effet, lors des élections législatives de 2012, un seul expert indépendant avait vérifié la viabilité de l’algorithme

Pour assurer l’authentification des votants, des dispositifs pour lesquels l’identité numérique du citoyen est certifiée, tel celui de Franceconnect, dont ISlean consulting a réalisé le prototype fin 2013, des impôts ou de la Poste, peuvent être utilisés.

Logo du service IDentité Numérique de La Poste
Enfin, il faut éviter que les votants ne subissent des pressions au moment du vote. Si aucun contrôle n’est possible pour les votes réalisés à domicile, des ordinateurs pourraient être installés dans des isoloirs pour allier liberté du vote par internet (voter depuis n’importe quelle commune) et sécurité de l’isoloir, dispositif instauré en France pour lutter contre les pressions sociales… depuis 1913.

Commentaire du 18 avril 2017

Plusieurs lecteurs de la newsletter ISlean consulting ont réagi à cet article et je les en remercie. Certains ont évoqué les déconvenues du vote par internet à l’étranger et les retours en arrière qui ont suivi. Ces expériences montrent que la réflexion mérite d’être approfondie et appuyée sur des retours d’expérience pour qu’un jour un dispositif digne de confiance soit mis en place. Cela prendra du temps et comme le montre les cas récents de citoyens ayant reçu deux cartes électorales, même un système en apparence rodé peut connaître des failles.

Arnaud Bouclon

Arnaud est passionné par la transformation des entreprises et de la société. Ses missions lui ont permis de développer une rigueur professionnelle d’excellence, une posture d’empathie et de compréhension du besoin du client, et de se positionner en force de proposition auprès des équipes, que ce soit pour des PME dans nos régions, ou de grands groupes français sur leurs problématiques d’amélioration opérationnelle. Certifié Lean Six Sigma, Arnaud garde aussi le goût des mots et du partage ouvert des connaissances, et contribue régulièrement au blog d’ISlean consulting. Ses activités associatives lui permettent de se mobiliser sur des actions sociales locales et internationales. Arnaud est diplômé de l’ESSCA. Il a rejoint ISlean consulting en 2011 après un passage chez Ernst & Young.


Arnaud Bouclon

Arnaud est passionné par la transformation des entreprises et de la société. Ses missions lui ont permis de développer une rigueur professionnelle d’excellence, une posture d’empathie et de compréhension du besoin du client, et de se positionner en force de proposition auprès des équipes, que ce soit pour des PME dans nos régions, ou de grands groupes français sur leurs problématiques d’amélioration opérationnelle. Certifié Lean Six Sigma, Arnaud garde aussi le goût des mots et du partage ouvert des connaissances, et contribue régulièrement au blog d’ISlean consulting. Ses activités associatives lui permettent de se mobiliser sur des actions sociales locales et internationales. Arnaud est diplômé de l’ESSCA. Il a rejoint ISlean consulting en 2011 après un passage chez Ernst & Young.

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