Pokemon Go, l’attrape-chasseurs

Les smartphones sont désormais les objets incontournables de notre quotidien. Leurs usages sont multiples : communiquer, se divertir, travailler… En 2015, 20 millions de smartphones ont été vendus en France ; la proportion de téléphones classiques ne fait que diminuer pour laisser place aux technologies de l’Internet et de la mobilité. Dans ce contexte, le smartphone est alors devenu une plateforme à part entière du monde du jeu vidéo. Le marché des jeux sur mobile représente en 2015 260 millions d’euros soit 30% de plus qu’en 2014. Ce sont des jeux comme Pokemon Go qui font exploser le marché. Mais comment font-ils ?
Cet article n’a pas pour but d’expliquer le fonctionnement du jeu Pokemon Go, nous vous invitons donc à regarder cette vidéo pour en savoir plus.

Comment Pokemon Go affiche déjà 200 millions de dollars de revenus pour Niantic, créateur du jeu ?

Le jeu Pokemon Go a plusieurs atouts qui permettent d’attirer des joueurs très différents. La génération Pokemon du début des années 90 est bien sûr la génération la plus investie dans le jeu mais celles d’après le sont aussi car des épisodes du dessin animé sont toujours en production et diffusion. Etonnamment, si on en croit l’article de Wiki Geek, 8% des joueurs ont entre 35 et 49 ans. Le panel de joueurs est donc très varié et étendu, et participe à l’explication du nombre de téléchargements qui s’élève aujourd’hui à 130 millions. Pokemon Go est le premier jeu de réalité virtuelle grand public et accessible à toute personne possédant un smartphone ou une tablette. Le Parisien parle d’un « nouvel espace ludique » : le joueur n’est pas limité dans l’espace ni dans le temps. C’est donc aussi cette dimension d’infini et de possibilités illimitées qui attirent autant les chasseurs de Pokemons. L’application captive et intrigue mais comment malgré sa gratuité permet-elle de générer 200 millions de dollars de revenus ?
Pokemon Go permet de faire des achats « In App ». Autrement dit, si le joueur a une activité assez intensive sur le jeu, il aura besoin d’acheter des accessoires ou des boosters dans la boutique de l’application. Pour 100 Pokepièces il faut débourser 0,99€ et pour 14 500, ce sera 99,99€. L’achat minimal est de 80 pièces donc coûte entre 0,55€ et 0,79€. Les prix alléchants incitent les joueurs à effectuer plusieurs petits achats réguliers, qui, cumulés peuvent représenter bien plus que le prix d’une application de jeux sur smartphone. C’est ainsi qu’un jeu « Free-to-Play » coûte parfois 10€, 20€, 40€ ou encore plus par mois.
Niantic n’est pas la seule partie prenante à profiter de l’engouement du jeu. Apple, Google, The Pokemon Company et Nintendo bénéficient aussi de l’ampleur du phénomène. Au-delà des bénéfices directs, Nintendo, bien que seulement entrée dans le capital de Niantic, a vu son meilleur cours en bourse depuis cinq ans grâce à Pokemon Go. Nintendo est sur le point de mettre en vente un bracelet qui permet de savoir instantanément si un Pokemon est dans la zone du joueur : cela lui évite de rester connecter sur son téléphone et de vider sa batterie. Par ailleurs, un nouveau jeu sur la 3DS est prévu pour fin 2016 : on peut donc s’attendre à de bons résultats de vente.
Malgré tout, l’engouement commence à s’essouffler. Le nombre de joueurs actifs par jour diminue : Bloomberg a réalisé une étude à ce sujet et démontre que le 21 juillet 45 millions de joueurs étaient actifs contre une petite trentaine le 16 août. Cette tendance s’explique principalement par le fait que les fonctionnalités actuellement disponibles ne sont qu’à 10% du potentiel de l’application ce qui limite le joueur.

Comment les entreprises ont-elles su profiter du phénomène ?

Certes les protagonistes autour de Pokemon Go ont pu profiter du lancement de l’application mais les entreprises ont instantanément su adapter leur discours marketing. Avant même la sortie officielle en France du jeu, les entreprises exploitaient déjà l’image de Pokemon Go sur les réseaux sociaux. L’objectif est bien sûr d’attirer l’attention des joueurs et surtout de les appâter.
BUT
Dès le lancement officiel, BUT a lancé l’opération #ButAttrapezLesTous sur Twitter qui consiste à chasser des Pokemons dans les 200 magasins BUT. Les deux premiers à en capturer dans chaque magasin gagnaient un bon d’achat de 200€.
SNCF
La SNCF a lancé le jeu #PokéTrain sur Twitter. Les joueurs devaient envoyer des captures d’écran du jeu dans les gares en attrapant des Pokemons. Malheureusement comme les joueurs prenaient des risques au bord des quais, le jeu a été stoppé.
Monoprix
Avant la sortie du jeu, Monoprix Saint-Michel a invité les joueurs grâce au hashtag #pokemonop et l’esprit que l’on connait bien de Monoprix avec le slogan « Le kit du dresseur, c’est de la ball ». Ce sont 1500 personnes qui se sont rendues devant le magasin pour seulement 300 kits à distribuer. Ces kits contenaient une crème solaire, un brumisateur, des pansements… De quoi parcourir Paris en toute simplicité.
Orange

Orange rappelle à ses clients de ne pas sortir sans leur batterie portable. Le jeu consomme énormément d’énergie et la batterie du téléphone ne tient pas longtemps. NPD, leader en étude de marché, a annoncé le 4 août dernier dans une étude que les ventes de batteries portables ont augmenté de 101% mi-juillet (date de lancement du jeu). Hasard ?

Les restaurants, bars et cafés

En cette période estivale, il est agréable de se promener et se poser à une terrasse. Les restaurateurs l’ont bien compris : pour être le plus attrayant possible, ils appâtent les joueurs grâce à des leurres qu’ils déposent sur les Pokestops. Ces leurres permettent d’attirer les Pokemon, durent 30 minutes et ne coutent que 80 Poképièces. Avoir un Pokestops près de son commerce est un atout considérable qui a permis à certains d’augmenter leur chiffre d’affaires sur les mois de juillet et août.

La start-up OptiMiam s’est aussi lancée le défi d’exploiter les avantages du jeu pour éviter le gâchis alimentaire comme expliquer dans l’article de Snacking.

Les propositions de services
Nous nous sommes amusés à faire la recherche « Pokemon Go » sur le site leboncoin.fr. Le résultat est surprenant. Un fermier propose de monter dans son tracteur pour promener les œufs contre un tarif kilométrique. Certains vendent des comptes déjà bien avancés. D’autres proposent des cours pour apprendre à jouer. Certains sont très malins et utilisent le mot-clé « Pokemon Go » dans leurs annonces bien qu’elles n’aient aucun rapport !
Le Royaume de Belgique
Les policiers de Belgique peuvent désormais verbaliser les joueurs qui se mettraient en danger dans la rue en jouant à Pokemon Go. Bien que cette amende soit pour la sécurité des joueurs, le Royaume de Belgique profitera d’une partie des 55€ que de nombreux joueurs paieront.

Les opportunités pour le marketing local ne se limitent qu’à notre créativité

Les entreprises n’ont vraiment pas manqué d’imagination jusqu’à maintenant, nous pouvons donc nous attendre à d’autres actions de publicité. Nous avons essayé d’imaginer les opportunités qu’elles pourraient saisir.

Le concept de « Drive-to-store »
Acheter des leurres permet certes d’attirer à la fois les Pokemons et les chasseurs mais les plus avancés se lasseront rapidement des Pokemons récurrents selon la région : on entend déjà « Encore un roucool » dans les quatre coins de Paris. Niantic a commencé les négociations avec certaines chaînes de restauration comme McDonald’s pour que des Pokemons plus ou moins rares apparaissent. Bien évidemment, cet avantage a un coût pour la chaîne mais a le potentiel d’appâter de nombreux dresseurs. McDonald’s pourrait devenir un des sponsors du jeu. Aujourd’hui les Pokestops correspondent à des points d’intérêt culturel (églises, statues, monuments…) ce qui a permis de crédibiliser l’application. Demain on peut imaginer que Niantic vendra des Pokestops à des commerces et qu’ils apparaitront sur la carte. Les agences immobilières pourraient même utiliser l’argument des Pokestops pour vendre !
La santé
Les bracelets et les montres connectés pour le suivi de l’activité ont rapidement lassé les utilisateurs. Imaginez Pokemon Go devenir votre outil ludique de santé. Le jeu implique des déplacements et a poussé les joueurs à sortir de chez eux. L’effet de groupe est d’autant plus un élément de motivation et de fidélisation et donc d’usage régulier. Nous pourrions imaginer l’intégration d’informations comme le podomètre voire interfacer l’application avec celle des montres ou bracelets de suivi d’activité.

Et vous, à quelles opportunités avez-vous pensé ?

Ayako Dumont

Captivée par l’optimisation de la performance et les méthodes de management innovantes, Ayako a rejoint ISlean consulting en 2016 et accompagne les entreprises dans leurs projets de transformation. Ayako dispose d’un double profil en ingénierie (ISEP, école du Numérique, spécialisation en Système d'Information) et en management (Cranfield University, MSc Management and Information Systems).


Ayako Dumont

Captivée par l’optimisation de la performance et les méthodes de management innovantes, Ayako a rejoint ISlean consulting en 2016 et accompagne les entreprises dans leurs projets de transformation. Ayako dispose d’un double profil en ingénierie (ISEP, école du Numérique, spécialisation en Système d'Information) et en management (Cranfield University, MSc Management and Information Systems).

2 Comments

  1. Pascal Schyns 06|09|2016 at 5:14 - Reply

    Avec l’arrivée prochaine de Nintendo dans les parcs Universal en Asie, il y a une vraie possibilité de développement de nouveaux produits pour les parcs à thème. Les parcs Six Flags commencent à proposer des coasters où les visiteurs portent des casques de réalité virtuelle alors pourquoi pas un safari Pokémon en réalité augmentée. Cela permettrait aux Visiteurs de vivre une expérience interactive inédite à chaque parcours donc une « rejouabilité » potentiellement infinie…

  2. Louis Alexandre L
    Louis Alexandre L 11|09|2016 at 7:57 - Reply

    Effectivement, Pokémon a démarré en 96. Les amateurs de la première génération sont devenus la meilleure cible de consommation, voire de développement de nouveaux usages.

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