Le suivi médical connecté c’est désormais possible grâce à Maela

L’année 2017 sera encore pleine de rebondissements et d’innovations dans le secteur de la santé ! Nous reprenons la série d’interviews avec un article sur Maela, startup spécialisée dans le suivi médical connecté. Parole aux entrepreneurs, voici le retour d’expérience de Hubert Viot, ingénieur et directeur chez Maela.

appli maela

Maela met à disposition des patients et des praticiens une solution simple et connectée de suivi médical

Bonjour Hubert, peux-tu nous parler du service développé chez Maela ?

Le projet est né de la rencontre de plusieurs praticiens, d’un directeur d’établissement et d’un ingénieur en informatique (moi) ;  à l’époque, je travaillais dans le domaine des infrastructures de données en temps réel où mon métier consistait à monitorer des processus critiques dans l’industrie. On a vu des convergences avec les besoins des professionnels de santé et on a donc créé Maela fin 2014 avec pour ambition de développer une solution de suivi médical connecté. L’enjeu est d’une part d’optimiser le suivi du patient sur l’ensemble de son parcours, de la préparation préopératoire à la phase de rétablissement, après l’intervention chirurgicale, et d’autre part, de réduire les coûts importants des séjours d’hospitalisation, pour les établissements de santé tout en évitant les risques de complications non décelées, impliquant directement la responsabilité du praticien.

Concrètement cela se traduit à travers deux applications et plateformes, pour le patient et pour le corps médical. Dans un premier temps, le praticien paramètre les protocoles de suivi pour le patient de manière totalement personnalisée. Puis le patient suit à domicile le protocole défini par le praticien et contrôlé à distance par un infirmier tel qu’il l’aurait fait à l’hôpital ; par exemple, si une mesure prise par le patient dépasse le seuil préétabli dans le protocole de suivi, une alerte est générée via l’application et envoyée directement à l’infirmier. Nous avons mis en place un plateau d’infirmiers, qui surveille 24h/24 les données et alerte le médecin.

Notre solution est opérationnelle depuis l’été 2016 et a été testée à la clinique du Val d’Ouest à Lyon où nous avons déjà télé-suivi plus de 500 patients. Cette preuve de concept ayant été concluante nous sommes passés en phase de commercialisation et développons la solution Maela dans plusieurs établissements de santé, CHU et établissements privés.

 

solution Maela

Quelles sont les perspectives d’évolution pour Maela ?

Aujourd’hui notre première expérience est satisfaisante. L’enjeu désormais est de pérenniser notre solution et trouver un modèle économique viable. En effet, à l’heure actuelle l’établissement de santé paye pour la solution Maela mais nous sommes en droit de nous demander si c’est légitime. Car une multitude d’autres acteurs tirent des bénéfices de cette solution : les assurances, la sécurité sociale donc l’Etat, les patients… Même s’il est plus facile de faire porter un coût unitaire sur un patient qu’un coût global sur un établissement de santé, c’est bien encore ces derniers qui ont le plus d’intérêt à faire sortir les patients le plus vite possible. Pour l’instant, il apparaît donc difficile de faire payer le patient pour sa santé, ceci est une spécificité du modèle franco-français mais cela reste envisageable pour d’autres pays. Par conséquent, si notre modèle économique rend notre solution rentable en France où le niveau d’exigence et de conformité est très élevé, elle le sera d’autant plus dans les autres pays dont le modèle de santé est plus souple. Voici donc la vision sur le long terme de Maela : d’abord asseoir notre position en France puis se développer à l’international avec des opportunités aux Etats-Unis et au Canada. Maela a d’ailleurs été retenue par Buisness France pour aller présenter sa solution à Toronto et à New York (http://www.maela.fr/2016/12/02/decollage-imminent-pour-torronto-et-nyc/)

 

Au-delà d’un simple rattrapage technologique c’est la relation patient-praticien qui est bouleversée par l’arrivée des nouvelles technologies dans le secteur de la santé

Comment vois-tu l’évolution du secteur de la santé avec l’arrivée des nouvelles technologies ?

Selon moi, deux choses sont entrain de fortement évoluer avec l’intrusion du numérique dans le secteur de la santé.

D’une part, ce secteur rattrape petit à petit son retard (on évalue ce retard à 10 voire 15 ans par rapport aux autres secteurs de l’industrie principalement) sur l’informatisation de ses méthodes, procédures…etc. Ce qui va apporter des gains économiques considérables par la simplification des procédures administratives, la rationalisation des coûts. Par exemple, il est possible de réduire les coûts extrêmement importants de déplacement des patients en ambulance en introduisant des solutions de mobilité. Mais il faut faire attention à certains mythes ou fausses promesses. Je pense par exemple que l’intelligence artificielle va apporter une véritable valeur ajoutée dans l’élaboration de diagnostic par les praticiens ; à contrario, je suis plus sceptique sur l’utilisation des objets connectés dans le domaine médical : il y a peu de secteurs où ils ont démontré leur plus-value et finalement très peu obtiennent la certification de dispositif médical. Il existe donc ici un risque de « gadgetisation » de la santé.

La seconde évolution se fait donc à un autre niveau. Il s’agit de la relation patient-médecin qui va être totalement bouleversée par l’arrivée galopante des nouvelles technologies. En effet, nous sommes en train de passer d’une relation verticale avec un « médecin prescripteur » à une relation plus horizontale où le « médecin conseiller » accompagne son patient mieux informé qui a un accès quasi-total à la connaissance (via internet principalement et les applications de santé). Mais je ne suis pas en train de dire que le patient va s’auto-diagnostiquer et s’auto-médicamenter ! Pour moi, il n’y a pas de risque de perdre le lien avec le médecin car le patient  ira toujours chercher auprès de ce dernier une validation du diagnostic, traitement…etc.

 

Selon toi, quelle devrait être la place de l’Etat dans cette transformation que vit le secteur de la santé ?

Il faut un Etat qui réglemente et légifère mais qui ne soit pas déconnecté de la réalité du terrain. Aujourd’hui l’Etat n’est pas vraiment moteur de cette transformation. Son action passe juste par le biais d’appel à projets, mais après une expérimentation de plusieurs mois il n’y a pas de suite, pas de budget…

Il est primordial que l’Etat garde son statut de garde fous, notamment en ce qui concerne la réglementation des données de santé, les certifications médicales, le rôle du service public dans la santé… tout en prenant du recul, en acceptant de ne pas tout encadrer et de ne pas opposer le public et le privé porteur de l’innovation.

            

Tu côtoies des médecins et autres professionnels de la santé dans le cadre de ton activité ? Ils en pensent quoi ?

Les praticiens sont fan ! Notre solution est gratuite pour eux et leur permet d’offrir un nouveau service à leurs patients : donc c’est bénéfique, ils sont très satisfaits.

De manière générale, les nouvelles technologies permettent aux praticiens d’optimiser leur temps médical, de garder une traçabilité, d’améliorer la qualité de leur diagnostic, de garder un lien continu avec leurs patients… Pour obtenir leur adhésion, il faut juste que cela ne leur prenne pas plus de temps que leurs pratiques actuelles et qu’ils aient été impliqués dans la conception du dispositif. Il y a aujourd’hui beaucoup trop de solutions e-santé qui ont été conçues sans impliquer les professionnels de santé et c’est ce qui les mène à l’échec lors du déploiement.

 

Et les patients, comment vivent-ils l’intrusion du numérique dans un contexte médical souvent perçu comme intime, encore loin de ces considérations digitales ?

Il faut déjà préciser que notre solution ne touche pas tous les patients. On estime qu’environ 83% d’entre eux sont éligibles selon notre expérimentation : ceux qui savent et peuvent se servir des technologies d’internet, et dont les soins postopératoires sont réalisables à domicile ; donc ceux que l’on peut juger aptes à rentrer chez eux et à utiliser l’application. Cela correspond concrètement aux opérations de chirurgie ambulatoire et de réhabilitation précoce: le patient est admis à l’hôpital le matin, se fait opéré dans la journée et rentre chez lui le soir ou après une ou deux journée maximum. Nos systèmes de santé vont de plus en plus s’orienter vers l’ambulatoire, et l’hospitalisation (quand elle n’est plus nécessaire) va tendre à disparaître. En France, nous avons encore du retard : 46% des opérations sont de la chirurgie ambulatoire avec un déséquilibre entre le privé (57%) et le public (33%) tandis que les américains ont un train d’avance avec 83% d’opérations réalisées en opératoire. Ce mode de soin est d’autant plus favorisé par les programmes de RAAC (Récupération Améliorée après Chirurgie) qui visent à minimiser l’impact de l’acte chirurgical sur le patient. Dans certains cas, contrairement à ce qu’il est courant de penser, l’hospitalisation peut même être néfaste pour le bon rétablissement du patient.

Pour notre service chez Maela, dès lors que le médecin explique à son patient qu’il s’agit de la pratique courante, il y a alors peu de résistance. A posteriori, les patients montrent un bon taux de satisfaction car notre solution leur procure un guichet unique pour toutes leurs questions de santé (ils peuvent envoyer des photos et appeler les infirmières à tout moment) et leur évite un grand nombre de désagréments comme se déplacer à l’hôpital pour le suivi postopératoire, trouver le bon interlocuteur…

Finalement, la seule barrière reste celle de la technologie et son usage : certes notre panel de patients s’étend de 17 à 77 ans mais il est vrai que pour des patients plus âgés il est plus difficile de mettre en œuvre notre solution.

expérience connectée patient Maela

Pour conclure, quel est ton avis sur l’e-santé et la place des startups ?

La santé est un secteur qui ne ressemble à aucun autre, les enjeux, les problématiques et la mentalité n’ont rien à voir. Par exemple, on ne peut pas vraiment parler de rentabilité économique quand on parle de santé, il ne faut pas oublier que c’est l’humain et le soin qui doivent d’abord rester au-dessus de toutes considérations économiques. Le mode de gouvernance est aussi extrêmement particulier et différent selon qu’on soit dans le public ou dans le privé. Par exemple dans un établissement privé : il y a les directeurs d’établissements de soin et les chirurgiens. Ces derniers sont libéraux, ils louent les blocs opératoires, il n’y a donc pas de liens hiérarchiques et tout doit se faire par le consensus. Pour une start-up, il est nécessaire de s’entourer de personnes du secteur de la santé car c’est un monde petit qui nécessite du relationnel.

Aussi, il y a selon moi des connaissances particulières à acquérir sur le modèle économique de la santé et son mode de financement. Par exemple, il y a une grande part de fonds publics alloués à des essais qui prennent beaucoup de temps à être pérennisés ; les projets en e-santé sont donc longs et coûteux, il faut avoir une bonne assise financière pour les porter jusqu’au bout. Les startups qui échouent sont celles qui n’ont pas assez de fonds ou qui ne passent pas la barrière réglementaire. Mais derrière ces barrières il y a de belles promesses. A titre d’exemple, 20% des français sont hospitalisés tous les ans ce qui représente pas moins de 17 millions de passages à l’hôpital !

Flavie Joos

Flavie a suivi un cursus d’ingénieur généraliste puis s’est spécialisée sur des sujets d’organisation et de performance des entreprises aux Mines Paris. Possédant une première expérience dans le conseil en management, elle a participé à la mise en œuvre de démarches Lean au sein d’entreprises industrielles. Passionnée par les thématiques d’innovation et de transformation, Flavie a rejoint ISlean consulting en 2016.


Flavie Joos

Flavie a suivi un cursus d’ingénieur généraliste puis s’est spécialisée sur des sujets d’organisation et de performance des entreprises aux Mines Paris. Possédant une première expérience dans le conseil en management, elle a participé à la mise en œuvre de démarches Lean au sein d’entreprises industrielles. Passionnée par les thématiques d’innovation et de transformation, Flavie a rejoint ISlean consulting en 2016.

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