Les secrets de la transformation digitale des experts-comptables par Jean Saphores du CSOEC

Nous avons eu la chance de participer à la conférence sur les secrets de la transformation digitale des experts comptables, avec Jean Saphores qui pilote pour le Conseil Supérieur de l’Ordre des Experts Comptables (CSOEC) de nombreux travaux et réflexions sur la transition digitale. Meilleurs morceaux de ce témoignage fait à l’Ecole de Paris du management !

Jean Saphores allume sa Tablette numérique pour nous parler de transformation digitale. Après les réglages habituels du projecteur et un tour de table des participants, le vice-président du CSOEC, chargé de l’innovation au service des cabinets démarre son exposé.

#Le contexte de la profession de l’expert-comptable

La profession comprend 13 000 cabinets, 20 300 experts-comptables pour près de 40 000 collaborateurs. L’expert-comptable intervient en grande majorité dans la petite entreprise, c’est-à-dire pour qu’il travaille pour 2,5 millions d’entreprises en France, principalement des TPE et PME. La profession dispose d’une prérogative d’exercice (on ne parle plus de monopole) et fait donc partie des professions réglementées (dont certaines ont grandement fait parler d’elles lors des débats sur la loi Macron…).

La profession est effectivement en pleine mutation : doit-on parler de révolution ou de transition digitale ? Les experts-comptables sont confrontés comme toutes les professions à la disruption. Ou au risque de disruption a minima.

#La dématérialisation de la profession de l’expert-comptable est engagée… depuis 1997

Jean Saphores rappelle les grandes étapes qui ont déclenché cette « auto-ubérisation » : la profession a été contrainte de prendre les devants de sa transformation pour éviter que ce soit d’autres qui la lui dicte.

D’abord sur le plan réglementaire, l’Europe a fait bouger les lignes dès 98.

  • Les débats s’ouvrent en 98 pour alimenter la future directive européenne appelée directive Services (ou directive Frits Bolkestein), qui dispose, en synthèse, qu’il ne peut pas y avoir de prérogative sur la profession de comptable. A l’époque, les experts-comptables y voient une menace sur 75% de leur CA.
  • La profession réagit en faisant de la dématérialisation la priorité pour les experts-comptables. Jean Saphores est alors mandaté par le président du CSOEC et pilote un groupe de travail en 99 sur « l’impact des NTIC sur la profession des experts-comptables ».

Machine à compter mécanique

  • « Pour rester incontournable, les experts-comptables doivent s’approprier internet et prendre en charge la dématérialisation de ses clients. »
  • Les conclusions du rapport dépassent le cadre réglementaire et pose les principes de changement de la profession :
    • Le 21ème siècle sera celui de l’information,
    • Celui qui détient l’information a le pouvoir,
    • L’internet est un media qui va regrouper les autres medias.

# Les travaux numériques des experts-comptables

Jean Saphores détaille les travaux auxquels la profession s’est alors attaqué.

D’abord, l’organisation des télé-procédures, c’est-à-dire la première version des procédures digitales. Les experts-comptables créent EDIFICAS, association qui vise à émettre les normes pour rendre possible la dématérialisation et donc les échanges de procédures. Ils profitent d’une orientation du gouvernement visant à accélérer en France l’adoption de la norme Edifact dans les administrations. Les experts-comptables travaillent conjointement avec Bercy pour doter la France de normes de la fiscalité dématérialisée. Ils travaillent également à l’émergence de la DUCS. La norme EDIFICAS est également adoptée par l’ensemble des éditeurs de logiciels de comptabilité.

En parallèle, les experts-comptables créent une plateforme d’échanges dématérialisés des données : www.jedeclare.com. Cette plateforme, qui regroupe en 2016 près de 10 000 cabinets pour 2,2 millions d’entreprises, facilite la transmission de nombreux échanges depuis les cabinets comptables avec les banques. Elle assure également les échanges sécurisés de documents électroniques ou encore l’archivage électronique sécurisé de documents. Elle permet de déposer, conformément au planning du projet DSN, les Déclarations Sociales Nominatives de 500 000 entreprises en France.

Diagrammes et innovation

# Le digital en comptabilité a avancé à grands pas en quelques années

Depuis 2015, toutes les déclarations fiscales des professionnels sont dématérialisées.

Tout le social bascule progressivement vers le numérique en 2016 et 2017 : les experts-comptables sont des leviers de dépoilement de la DSN qui entre dans sa dernière phase. L’expérience montre que la conduite du changement aurait gagné à prévenir aussi les récepteurs des DSN, qui ne sont pas tous prêts, selon Jean Saphores.

Les enjeux principaux des prochaines années sont la facture électronique en 2017 pour les entreprises de plus de 5 000 salariés en 2017, jusqu’en 2020 avec les TPE.

La réglementation continue à accompagner l’accélération de la transformation digitale de la société et du rôle de l’expert-comptable : la refonte du code civil (faite en février 2016) reconnait dorénavant la même valeur à l’écrit électronique qu’à l’écrit papier. Le règlement européen eIDAS s’imposera aux Etats membres (donc aussi en France) au plus tard en 2018 : cela concerne notamment l’identité numérique.

# les atouts pour les bouleversements numériques à venir dans la profession des experts comptables

Jean Saphores rappelle avec humour que si la profession a pris le bon chemin, une partie de la route reste à parcourir !

Les experts-comptables restent une profession en très forte proximité de ses clients. Interlocuteur privilégié de l’entreprise dans ses questions de comptabilité, ils permettent également de répondre à un premier niveau de questions de dirigeants sur la finance, le droit, la fiscalité et les obligations sociales de l’entreprise. Jean Saphores compare l’expert-comptable au médecin généraliste – voire au médecin de famille – qui sait orienter vers des spécialistes de chacune de ces questions.

« L’expert-comptable est pour l’entreprise un peu comme le médecin généraliste – voire le médecin de famille : il sait orienter vers des spécialistes de chacune des questions fiscales, sociales, financières, juridiques… »

Le métier de l’expert-comptable sera de plus en plus automatisé pour la tenue de compte (soit la moitié du CA de la profession actuellement). Toutefois, les entreprises auront besoin de profils capables de définir l’architecture de leurs flux comptables et de déclarations. Fort de leur expertise technique et de leur indépendance, les experts-comptables peuvent se positionner comme les meilleurs interlocuteurs des entreprises pour organiser les flux de données de l’entreprise, selon Jean Saphores. Des professionnels qui savent organiser les flux, structurer les échanges, et sécuriser les données dans la durée (notamment avec des archives sécurisées de référence). Le coffre-fort numérique, que le bulletin de paie permettra de vraiment lancer en France, sera un des sujets de l’expert-comptable digital.

Humanoide ou homme digital

Comme toute transformation, c’est d’abord une aventure humaine, dans laquelle chaque cabinet doit accompagner chacun de ses collaborateurs, pour faire adopter la révolution numérique. Cela permettra à toute la profession d’accompagner une comptabilité « boite à chaussure » à une architecture d’échanges de données en confiance. Le mandat du CSOEC qui s’achève a veillé à accompagner les experts-comptables face à cette révolution digitale, en sensibilisant et en formant les experts-comptables, qui à leur tour peuvent sensibiliser et accompagner leurs clients.

 

Jean Saphores est Vice-président du Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables, en charge de l’innovation au service des cabinets.

Louis-Alexandre Louvet

Depuis 2000 dans le conseil, Louis-Alexandre s'est spécialisé dans les problématiques d'innovation et de lancement de nouvelles offres s'appuyant sur les technologies, notamment au travers de la conception de stratégie et de schéma directeur SI. Il accompagne également le cadrage et le pilotage de grands programmes de transformation faisant levier sur le SI. Il développe les études sur l'impact et la valeur des technologies pour différents secteurs, notamment le secteur immobilier, fédérations professionnelles, associations. Louis Alexandre a accompagné le cours Essec / Centrale Paris / Strate Collège, création d'un produit innovant pendant 2 ans. En tant que citoyen passionné par la transformation des usages, Louis-Alexandre est également membre du bureau de Démocratie Ouverte, association qui conçoit, développe et teste de nouveaux modèles de gouvernance citoyenne. Il a rejoint ISlean consulting en novembre 2012.


Louis-Alexandre Louvet

Depuis 2000 dans le conseil, Louis-Alexandre s'est spécialisé dans les problématiques d'innovation et de lancement de nouvelles offres s'appuyant sur les technologies, notamment au travers de la conception de stratégie et de schéma directeur SI. Il accompagne également le cadrage et le pilotage de grands programmes de transformation faisant levier sur le SI. Il développe les études sur l'impact et la valeur des technologies pour différents secteurs, notamment le secteur immobilier, fédérations professionnelles, associations. Louis Alexandre a accompagné le cours Essec / Centrale Paris / Strate Collège, création d'un produit innovant pendant 2 ans. En tant que citoyen passionné par la transformation des usages, Louis-Alexandre est également membre du bureau de Démocratie Ouverte, association qui conçoit, développe et teste de nouveaux modèles de gouvernance citoyenne. Il a rejoint ISlean consulting en novembre 2012.

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