Transformation digitale : média et loisirs

Cela a été répété jusqu’à ne plus être questionné : le piratage menace la création artistique. L’impact des révolutions numériques a de toute évidence bouleversé l’industrie culturelle, et cet impact s’est appuyé sur 3 facteurs majeurs :

  • Evolution matérielle avec la puissance croissante des appareils mobiles, les rendant aptes aux usages multimédias
  • Evolution logicielle, avec le perfectionnement des outils d’encodage permettant de compresser films, disques, livres tout en conservant une taille raisonnable
  • Evolution des réseaux avec des débits de plus en plus importants mis à la disposition du public

La conjonction de ces trois facteurs fait que le piratage est à présent mature, démocratisé. En face, les armes législatives ont échoué : Hadopi n’a pas résolu l’impossible équation de la répression (comment surveiller le trafic sans empiéter sur les libertés individuelles ? Comment sanctionner sans remettre en cause le droit d’accès à Internet ?) si bien que le principe de riposte graduée n’a eu aucun effet dissuasif.

Face à ces constats, on serait tenté d’affirmer que l’industrie culturelle souffre. Le constat est toutefois plus nuancé : A titre d’exemple les rapports annuels de l’IFPI (International Federation of the Phonographic Industry) indiquent que le marché musical a connu en 2012 sa première année de croissance (+0,2%) depuis… 1999 (le marché connaîtra à nouveau une baisse de 3,9% en 2013). L’industrie cinématographique semble avoir moins souffert : si les nombres de tickets vendus aux USA ont atteint un pic en 2002 avec 1,58 milliard de ventes contre 1,34 milliard en 2013, le chiffre d’affaires a augmenté, 2013 étant l’année record avec 10,90 milliards de $ de recettes. Le marché du jeu vidéo quant à lui a, selon l’ESA (Entertainment Software Association), connu une baisse depuis 2010, mais les chiffres de ventes pour 2013 (15,4 milliards de $) restent bien supérieurs à ceux rencontrés dans les années 2000.

Ce survol rapide mériterait bien des approfondissements (analyse géographique, évolution des marges, évolution des canaux de distribution…) mais il suffit à illustrer le propos : alors que le piratage a pleinement atteint son potentiel, l’industrie culturelle résiste. Comment ? Nous nous proposons dans cette série d’articles d’étudier les réponses de l’industrie et d’en dégager les lignes communes pour les sous-secteurs exposés : La musique, le cinéma, le livre et le jeu vidéo.

Cinéma : le levier technophile

Nous l’avons vu précédemment : aux Etats-Unis le nombre d’entrées baisse, les recettes augmentent. La réponse à cet apparent paradoxe est simple : le prix du billet a augmenté. Ce phénomène  s’est appuyé, sur les dernières années, sur l’apparition de la 3D qui, via le truchement de la location de lunettes a justifié cette inflation. Pour le marché domestique, c’est également la technique qui préserve le chiffre d’affaires.

Suite au raz de marée qu’a représenté le DVD (et qui a assuré à l’industrie des ventes que n’avaient connu ni la VHS ni le Laserdisc), l’industrie s’est retrouvée face à un challenge : l’Internet haut-débit illimité permettait d’accéder gratuitement à un contenu de qualité équivalente à son médium phare. Dès lors l’industrie est entrée dans un cycle de surenchère dont on a du mal à évaluer la fin, commençant avec la Standard HD, puis la Full HD à la fin des années 2000. Après une brève guerre de format avec le HD DVD, le Blu-Ray (boosté par la Playstation 3 qui proposait un lecteur par défaut) a triomphé et rentre doucement dans les mœurs. Si le DVD a encore de beaux jours devant lui, les rayons Blu-Ray ne cessent de croître et il y a fort à parier que le public s’habituant à la Haute Définition (la TNT étant par exemple entrée dans tous les foyers français) le standard finira par se démocratiser.

Derrière la volonté de proposer une meilleure qualité aux usagers se cachait la volonté de proposer un format difficile à pirater.  A titre d’illustration, les films piratés du début des années 2000 pesaient environ 700 Mo (la taille d’un CD gravé), un film en HD proposé en piratage pesant pour sa part 2 à 4 Go en moyenne, tandis qu’un film en HD proposé (légalement !) par une plateforme telle qu’iTunes pèse 5 à 7 Go. Le Blu-ray quant à lui propose une capacité de stockage de 50 Go.

En clair, la taille atteinte par les films proposés physiquement dans le commerce ont atteint des tailles peu adaptées au téléchargement, obligeant les cinéphiles exigeants à passer en caisse pour profiter pleinement du film de leur choix. Pour ce marché de niche, le téléchargement signifie compression, et compression signifie perte de qualité. On comprend mieux dès lors les formats exigeants proposés tels que le 7.2 pour le son (ce qui représente 9 canaux sonores différents dont deux uniquement dédiés aux basses !).

Et l’industrie du cinéma conserve de l’avance : la 3D, proposée par le Blu-Ray supporte très mal la compression et donc le piratage, et les nouvelles normes se profilent : les téléviseurs 4K sont déjà commercialisés, les téléviseurs 8K en test…

En misant sur la qualité technique, l’industrie du cinéma a trouvé une parade efficace au piratage : proposer ce qui ne peut être piraté. Si pour une bonne partie du public le piratage restera un ersatz suffisant, le marché des cinéphiles reste dans le giron des studios.

Un coffret Blu-Ray 3D : 2 disques pour le Blu-Ray 3D, un disque pour le Blu-Ray 2D, 2 disques de bonus en Blu-Ray, 2 disques pour le film en DVD, et un code de téléchargement pour les appareils mobiles…

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