Transformation digitale

Les technologies de l’information sont une révolution pour l’humanité, à la mesure de l’invention du feu, de l’imprimerie et de la découverte du pétrole. Comme toutes ces révolutions, la révolution numérique va transformer l’humanité, avec comme seule limite le temps nécessaire d’appropriation.

Transformation digitale

Dans un article d’octobre 2013, je positionnais l’arrivée du numérique dans les révolutions vécues par l’humanité dans l’histoire : depuis l’invention du feu, plusieurs révolutions ont amené l’humanité là où elle est, jusqu’aux technologies de l’information portées par le mobile et l’internet, répandues dans la société depuis les années 1990.

Comme tout nouvel outil amenant une rupture, il faudra du temps pour comprendre ce qu’on peut en faire, imaginer comment se l’approprier, le maitriser, faire le deuil de ce qu’on a connu et qui pourtant marchait pour sortir d’un confort trompeur et enfin construire du neuf, pour finir par vivre avec son temps… ou disparaître.

Cet article a pour but de définir et de structurer les étapes et les niveaux de transformation digitale des activités humaines.

Cinq niveaux de transformation digitale

Guillaume Ferdmann et moi étions à une session du cycle de conférences « Mineur Stratège », dispensé par le cabinet Stratorg avec messieurs Jean-Luc Fallou et Philippe Dreno, avec comme invité Jean-Yves Gillet, ex-dirigeant d’Aperam et du Fond Stratégique d’Investissements.

Ils donnent une structuration de la transformation digitale que nous trouvons pertinente, cohérente avec  notre pratique de conseil en stratégie et transformation numérique.

  • Niveau 0 – Ignorance ou déni : « cela ne concerne pas notre activité »
  • Niveau 1 – Efficience administrative : « cela couvre les processus administratifs »
  • Niveau 2 – Efficience du coeur de métier : « cela automatise des processus de coeur de métier »
  • Niveau 3 – Augmentation de valeur pour le client : « le digital permet l’intimité avec nos clients »
  • Niveau 4 – Innovation de rupture : « avec le digital, nous avons trouvé un moyen nouveau de créer de la valeur »

Détaillons ce que signifient ces cinq niveaux.

Niveau 0 : « Le digital ne nous concerne pas »

Dans la mesure où le numérique permet de traiter de l’information, quelles activités humaines peuvent prétendre échapper à être impactées par lui ? Peut-être les métiers qui ne manipulent que du sens ? Lors de la conférence du cycle Mineur Stratège, la prêtrise et la psychanalyse étaient cités comme métiers peut-être à l’abri de la révolution numérique. Ce n’est même pas certains, si on considère que des Intelligences Artificielles fortes, c’est-à-dire pensantes et conscientes d’elles-mêmes, peuvent devenir réalité.

Niveau 1 : « Puisqu’il s’agit de chiffres, cela traite les métiers du chiffre »

Historiquement, les systèmes d’information ont d’abord servi à calculer, notamment pour les recensements de la population, puis pour produire la comptabilité légale et de gestion, et pour faire du calcul scientifique.

Cela explique, dans les entreprises, le rattachement très courant des directions informatiques aux directions financières.

Mais très vite, la capacité des systèmes d’information a débordé le monde du chiffre pour gérer l’information au sens large : produits, processus, images, musique, films, cartes géographiques et une quasi infinité d’autres types d’information et de documents.

Ce qui nous amène au niveau suivant.

Niveau 2 : « On peut repenser la manière de faire notre métier »

Là, il est important de distinguer deux manières de procéder à la numérisation du coeur de métier de l’entreprise. Tout système porte en lui la trace de l’état de l’art technologique au moment de sa genèse. Un nouvel état de l’art technologique peut dont être appréhendé de deux manières :

  • on fait évoluer le système de manière incrémentale, avec les nouveaux outils. On fait du « vieux », c-à-d. quasi comme avant, avec du « neuf », des technologies radicalement nouvelles. Par exemple : au lieu de collecter des données par formulaire web directement versées dans des bases de données pour traitements, on fait une version pdf d’un formulaire cerfa, qu’on fera saisir comme avant par un humain ou par reconnaissance de caractères automatisée, pour versement dans une base de données. Prisonnier des pratiques installées de longue date, on n’a pas la vision, le courage ou la possibilité de repenser profondément les manières de faire à la lumière des nouvelles technologies.
  • l’autre manière est de reconstruire à zéro la manière de faire. Certains praticiens historiques curieux, visionnaires, courageux et agiles y parviennent. Plus souvent c’est l’affaire de personnes maitrisant les nouveaux outils qui observent le besoin, sans regarder comment il est assouvi historiquement, pour mieux imaginer de totalement nouvelles manières de faire sans être prisonnier de l’existant.

Dans les deux cas, il s’agit de faire le même métier, un peu mieux, de l’ordre de quelques pour cents, ou beaucoup mieux, de l’ordre de 2, 10 ou 100 fois mieux.

Rack de serveurs

Datacenters modernes

Niveau 3 : « Mieux connaitre ses clients grâce au numérique »

Si vous savez ce qu’il se passe dans la tête de vos clients, si vous connaissez l’intimité de leurs désirs et de leurs problèmes, vous serez rapidement d’une grande valeur pour eux. Comme Mel Gibson, dans le film « Ce que veulent les femmes », qui se met à entendre leurs pensées après un accident domestique.

Les fortunes de Google, Facebook, Amazon et leurs suivants viennent de là : leur plateforme permet de capter les désirs de centaines de millions d’internautes, donc de leur offrir avec ciblage précis des produits et des services en quantité et prix optimisés.

Pour avoir une idée de quoi il s’agit, amusez-vous à réclamer ici, avec takeout, les données que Google détient sur vous, avec notamment votre historique de recherches des quatre dernières années.

Niveau 4 : « Inventer un monde meilleur avec les technologies »

Il s’agit ici de faire, grâce aux nouvelles technologies, des choses qu’on n’était pas capable de faire jusque là.

Par exemple, l’invention d’aciers de qualité suffisante, a rendu possible la construction d’immeubles de grande hauteur.

L’augmentation exponentielle des capacités de calcul et de stockage de données a rendu possible la création de moteurs de recherche, de smartphones, et bientôt de moyens de transports individuels automatisés.

Voiture autonome Tesla

Véhicule autonome

Voici ce que sont pour nous les différents visages possibles de la transformation digitale.

Nous vous proposons de prochains articles détaillants ce que sont ces différents niveaux, et comment arriver à les atteindre.

Philippe Kalousdian

Philippe Kalousdian a fondé ISlean consulting avec Eric Villesalmon en 2008.Il est marié, a deux enfants nés en 1999 et 2002.Il intervient en stratégie et transformation numérique.Il a débuté comme ingénieur du cycle nucléaire à SGN/ArevaIl rejoint Bossard-Gemini consulting en 2000.Philippe est diplômé de MINES ParisTech, fait partie du conseil d'administration de MINES ParisTech Alumni, est membre fondateur de X-Mines Auteurs et du MOM 21Il aime le ski et est heureux détenteur d'une VFR1200Il connecte ainsi des univers inattendus, ce qui crée de la valeur par sérendipité.Depuis 2014, il accompagne des start-up, en temps et argent, dont Color Grail, OKAYBUS et e-commerce.cx


Philippe Kalousdian

Philippe Kalousdian a fondé ISlean consulting avec Eric Villesalmon en 2008.Il est marié, a deux enfants nés en 1999 et 2002.Il intervient en stratégie et transformation numérique.Il a débuté comme ingénieur du cycle nucléaire à SGN/ArevaIl rejoint Bossard-Gemini consulting en 2000.Philippe est diplômé de MINES ParisTech, fait partie du conseil d'administration de MINES ParisTech Alumni, est membre fondateur de X-Mines Auteurs et du MOM 21Il aime le ski et est heureux détenteur d'une VFR1200Il connecte ainsi des univers inattendus, ce qui crée de la valeur par sérendipité.Depuis 2014, il accompagne des start-up, en temps et argent, dont Color Grail, OKAYBUS et e-commerce.cx

One Comment

  1. Benoit 24|04|2018 at 2:11 - Reply

    @Philippe, je trouve cette « introduction » à la transformation digitale bien présentée et capable de donner des repères à ceux qui s’interrogent sur leur « avancée » en la matière.
    Cependant, j’y vois deux absences. D’abord la transformation digitale peut, voire doit si on veut aller au bout, transformer la manière de conduire l’entreprise. C’est au delà de ton niveau 4 un autre niveau 5 par exemple, où les innovations sont capables d’ajuster le management « on line » ce que les grands groupes sont encore loin de savoir faire. Le second manque est celui du software et de l’IA qui vont au delà des technologies. En deux mots, la voiture autonome qui illustre le niveau 4 est probablement aussi mal choisie qu’un « fiacre à moteur » pour orienter le développement de l’automobile en 1890. La véritable transformation digitale est dans l’extension des schéma linéaires traditionnels aux dimensions non proportionnelles.

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